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Mis à jour le 28 janvier 2010

L'accord de la guitare en tierces majeures

Vous vous souvenez que je vous ai vanté le clavier de piano bilinéaire chromatique , que j'avais « redécouvert » de mon côté alors que je sifflotais dans la montagne ;-). Quitte à paraître iconoclaste et ridicule à la fois, je ne me privais pas de trouver absurde la disposition du clavier traditionnel : il impose une dissymétrie qui avec le tempérament égal n'a plus de fondement.

Historiquement, la chose s'explique fort bien. Le clavier de piano tel que nous le connaissons tous remonte au XVe siècle : il est donc antérieur au tempérament égal (voir [1], [2], [6], [7]). À l'époque où les défenseurs du tempérament égal devaient argumenter et convaincre, on comprend fort bien qu'ils n'aient pas jugé opportun d'imposer un nouveau clavier exploitant la régularité inhérente à ce nouveau tempérament : il était évidemment exclu d'obliger tout le monde à changer d'instrument. L'inertie a fait le reste, et aujourd'hui, alors que le tempérament égal est de règle dans la quasi-totalité de tout ce qui est joué ou écouté, le clavier traditionnel multiplie toujours les obstacles à l'apprentissage sans aucune raison valable. La situation ressemble de manière frappante à la disposition des touches sur les claviers d'ordinateur, qui obéit à des raisons totalement obsolètes, mais continue de rendre l'apprentissage plus difficile et la frappe moins rapide et moins confortable...[4]

La guitare est aussi un instrument de tempérament égal. Les distances entre les frettes de pratiquement toutes les guitares actuelles respectent les rapports de fréquence propres au tempérament égal. Mais le guitariste a un avantage décisif sur le pianiste, et même sur le joueur de synthé : il peut à tout moment accorder sa guitare à peu près comme il le souhaite (ce qui bien sûr est aujourd'hui également possible avec les pianos électroniques), mais surtout il n'est pas coincé par une disposition matérielle devenue un obstacle, car le manche de la guitare est à la base uniforme.

Plusieurs fois je m'étais demandé s'il serait envisageable d'éviter cette discontinuité d'intervalle entre la 3ème et la 2ème corde. Il est évident que si on accorde toutes les cordes en quarte, c'est à dire qu'on augmente l'intervalle entre la 3ème et la 2ème corde d'un demi-ton pour qu'il soit égal aux autres intervalles, on se heurte à de gros problèmes de doigté pour les accords. C'est bien ainsi qu'on accorde en général la guitare basse, mais on ne l'utilise pas normalement pour jouer des accords. J'ai donc accordé ma guitare en tierces majeures.
Je suis sidéré du résultat. On pourrait presque dire avec notre ami JSB « So spielt das Instrument von selber » ! [3]

En résumé :

Outre la facilité déconcertante de la transposition, on acquiert avec cet accordage en tierces majeures la maîtrise des divers renversements, alors que la pratique ordinaire de la guitare d'accompagnement est de répéter tant qu'on peut le maximum de notes de l'accord. C'est particulièrement flagrant avec les barrés en accordage standard.

Détaillons cet aspect :

On voit qu'on rajoute des octaves supérieure ou inférieure sans règle définie. Il peut bien sûr être intéressant, pour l'accompagnement par exemple, de rendre un son plus puissant, en apparence plus riche peut-être, mais on perd le contrôle sur ce qu'on joue. En particulier on fait comme si les renversements n'avaient aucune signification. Pourtant si on joue en 3 notes un accord parfait à l'état fondamental, puis l'accord de sixte (1er renversement) et l'accord de quarte et sixte (2ème renversement), ce n'est pas du tout la même chose ! (voir [8])

On a bien avec l'accordage traditionnel, noyés dans la masse, le premier renversement en position II (difficile car couvrant 4 cases), le deuxième renversement en position III et l'accord fondamental en position I. Ils sont dans les 3 cas sur les cordes 2, 3 et 4. En ne jouant que ces cordes, on peut donc transposer un accord propre le long du manche, mais pas en travers du manche, ce qui limite beaucoup les possibilités. Et on n'a plus cette ressource avec les accords augmenté et diminué, qu'il faut réapprendre pour chaque gamme.

Avec l'accord en tierce majeure on peut aussi faire des barrés, et alors les 3 notes sont simplement doublées à l'octave. La guitare dans l'ensemble va rendre un son plus propre et plus précis. Pour accompagner des chansons simples par contre, le son risque d'être moins puissant.
Sur le web je n'ai pas trouvé grand chose, à part que cette façon d'accorder est bien sûr répertoriée comme des dizaines d'autres dans diverses encyclopédies. Il y a également un guitariste de jazz qui a utilisé cette accordage dès les années soixante [5]. En français je n'ai rien trouvé.

Liens

  1.       Equal temperament - Wikipedia, the free encyclopedia (en anglais)
  2.       Gamme tempérée - Wikipédia
  3.      « Ainsi l'instrument joue tout seul. »
  4.       Diriger en lâchant-prise - Atom
  5.       The Major 3rd Tuning (en anglais)
  6.      Clavier (musique) - Wikipédia
  7.      Musical keyboard - Wikipedia, the free encyclopedia (en anglais)
  8.      MAX D'OLLONE, Le langage musical, Éditions La Palatine. tome 2, p.70

Voici les principaux examples de doigtés dans l'accordage en tierces majeures. Les doigtés sont strictement identiques lors d'une transposition longitudinale. Lors d'une transposition transversale au manche, les doigtés sont également identiques. Toutefois, pour les accords enrichis, on ajoute les notes supplémentaires (sixième, septième, neuvième, etc.) au dessus ou bien au dessous des notes principales de l'accord, suivant les possibilités.

N.B. Laissez le pointeur de la souris sur l'accord pour l'identifier. Accordage de la guitare en tierces majeures

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