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Mis à jour le 23 novembre 2006
Pour quelques kiloWatt.heure de plus...
Depuis une dizaine d'années, on assiste en milieu alpin à la prolifération de microcentrales hydroélectriques à dérivation, qui sont de véritables crimes contre les espaces naturels. Il faut bien sûr les distinguer des installations classiques, qui produisent des puissances électriques de 50 à 5000 fois supérieures et sont pourvues de lacs de retenue assurant un approvisionnement régulier. Il faut également les différencier des microcentrales «au fil de l'eau» à proprement parler, et donc dépourvues de dérivation (attention aux abus de langage intentionnels des promoteurs), lesquelles ne sont pas abordées ici.
Les torrents sont purement et simplement captés, à l'exception d'un débit résiduel égal dans les meilleurs cas à 40% de leur étiage, c'est à dire 40% du niveau minimal qu'ils pouvaient atteindre au cours d'une année avant captation. Cela correspond en moyenne à la confiscation de 90% de leur débit. Dans les cas évoqués ici, les prises sont placées typiquement entre 1500 et 2000 mètres d'altitude, c'est à dire dans la partie supérieure de la zone habitée toute l'année, et paradis de la villégiature. L'eau est envoyée dans des conduites éventuellement souterraines d'environ 80 cm de diamètre, vers les installations aval situées à l'altitude des gros bourgs montagnards. La zone la plus fréquentée par les montagnards et aussi par les touristes se voit donc privée d'un de ses plus grands attraits : son eau vive.
Le dénivelé de quelques centaines de mètres donne à l'eau une énergie cinétique qui est récupérée pour faire tourner les turbines. La pente étant faible (vallons de moyenne altitude) et le débit modeste en dehors des crues, l'intérêt économique est absent dans un marché libre. Surtout si l'on considère que les turbines électriques en général sont particulièrement vulnérables à l'abrasion par le sable, que le principe de ces centrales «quick and dirty» ne permet pas de faire décanter. C'est compter là sans les incitations et les subventions élaborées par nos technocrates.
Il faut savoir que tous les sites alpins rentables sont équipés depuis des dizaines d'années. Vouloir équiper toutes les rivières de montagne causerait plus de dommages que la base existante, pour une production vingt fois moindre au total !
Directs:
Indirects:
Prétendus mais mensongers:
Directs: En les privant de leur apport normal en eau, les microcentrales à dérivation bouleversent les écosystèmes des vallées secondaires de l'étage montagnard. Les torrents, qui font une grande partie du charme de ces pays, ne sont plus des torrents. On y laisse un minimum règlementaire de l'ordre de 10%, vite pollué par des stations d'épuration généralement déficientes.
Indirects: La vallée perd une grande partie de son charme, qui pourtant est aujourd'hui à l'origine de l'essentiel des revenus des autochtones.
La réputation d'énergie propre de la filière hydroélectrique, certes en partie méritée, a fait pousser cette logique jusqu'à l'absurde et au-delà.
A défaut de réflexion plus approfondie de la part des responsables politiques de tous niveaux, des lois ont été promulguées, qui créent un marché artificiel juteux pour quelques entreprises, généralement créées spécialement pour exploiter le filon. Citons en particulier:
Non accompagnées de garde-fous, ces dispositions font de la destruction des torrents une poule aux oeufs d'or.
Comme si cela n'était pas assez gros, ces centrales bénéficient souvent d'aides publiques directes, de la CE par exemple. C'est un peu le même principe que les légendaires vaches corses, mais en beaucoup moins amusant.
Ne parlons même pas des études d'impact environnemental d'opérette, classiquement budgétisées au chapitre des faux frais.
Pour beaucoup de villages montagnards, dont les élus sont hélas incapables de faire partager leurs vraies richesses dans le respect de la nature, la perspective d'une rente de quelques centaines d'euros suffit à fermer les yeux sur tout le reste.
Faire comprendre aux élus honnêtes qu'il s'agit d'une subvention déguisée, le coût du déguisement étant l'âme de la vallée. En soulignant que la plus grande partie des fonds payés par les consommateurs d'électricité et les contribuables ira comme d'habitude dans des intérêts privés,
Demander aux responsables des collectivités locales, au vu de leurs innombrables fiascos si l'argent est vraiment le noeud du problème.
Si des incitations fiscales peuvent paraître admissibles pour lancer une nouvelle filière énergétique, a quoi bon encourager des intallations qui de toutes les manières ne pourront jamais acquérir une part significative de la production même en sacrifiant la totalité des rivières du pays ?
En effet la ressource hydroélectrique italienne est utilisée actuellement à 86% de ses capacités totales, et représente 18,7% de la production d'électricité du pays. En l'utilisant à 100%, on passerait à 21,7%, mais au prix de dommages environnementaux (juste pour ces 3% points supplémentaires) supérieurs à ceux provoqués par les 78,3% d'électricité d'origine non hydrique !!!
(source http://www.piemontepesca.it/Amici del Po/html/news.htm )
Quelques liens
Ces photos ont été prises en septembre et mai 2005 dans 2 vallons transverses de la vallée Maira, sise au sud de la vallée du Pô.
Cliquez sur une image pour l'agrandir (1136 x 852). Pour vos exposés, le format 2272 x 1704 est disponible sur demande.